Petit village niché entre Tulle et Brive, vous pourriez passer des semaines en Corrèze en méconnaissant l’existence de Saint-Germain-les-Vergnes. Et pourtant, cette discrète commune corrézienne cache des récits surprenants et un patrimoine insoupçonné. On vous emmène à la découverte de son histoire, entre châteaux, pommes et révolte !

Au commencement

Des fouilles archéologiques réalisées aux lieux-dits de la Chataigneraie et des Vergnes montrent une occupation humaine dès le Ier siècle après JC.

Le plus ancien document trouvé mentionnant la paroisse de Saint Germain est l’acte de fondation de la paroisse de Favars en 897, acte dans lequel la dite paroisse transfert 3 manses du village de Combroux lui appartenant à cette nouvelle chapelle.

On trouve pour la première fois le nom complet de Saint Germain les Vergnes dans le cartulaire de l’abbaye d’Uzerche en 1096 (parrechia Saneti Germani de las Vernias)

Las Vernias (Las Vernhas en langue d’Oc) signifie les Aulnes, arbres dont la commune était entourée et Saint Germain est l’évêque de Paris (VIème siècle.), appelé aussi le « Père des Pauvres ».

En 1790 Sous la Révolution française, pour suivre un décret de la Convention, la commune change de nom pour celui de Bruyère-les-Vergnes.

La commune retrouve son nom de Saint Germain les Vergnes en 1801

S’il y a forcément eu très tôt un lieu de culte chrétien sous le patronage de Saint Germain quelque part sur la paroisse, l’église actuelle de Saint Germain les Vergnes date du XIVème siècle. Elle a été aménagée dans une ancienne tour où les meurtrières sont restées apparentes, ce qui explique son architecture imposante et peu courante.

À l’intérieur, les visiteurs peuvent y découvrir des vitraux d’inspiration cistercienne et les deux cloches napoléoniennes, classées aux monuments historiques.

Un village, un patrimoine… et des pommes !

Saint-Germain-les-Vergnes, c’est avant tout un cadre bucolique où se mêlent collines verdoyantes, chemins de randonnée, et vieilles pierres chargées de mémoire. Mais saviez-vous que ce village est aussi lié à une pomme célèbre (ou presque) ?

Vers 1770, Turgot, intendant du roi Louis XIV pour de la généralité de Limoges, traversait le Limousin dans le cadre de ses tournées administratives. Lors d’un orage, près de Saint-Germain-les-Vergnes, il trouva refuge chez un modeste cultivateur. Ce dernier, désireux d’honorer son illustre visiteur, lui offrit des pommes soigneusement conservées sur une planche au-dessus de la fenêtre de la maison. Ces fruits, fermes, dorés et parfumés, étaient issus de pommiers locaux.

Séduit par leur saveur exceptionnelle et leur fraîcheur, Turgot décida de propager cette variété de pommiers dans la région. Il baptisa ces fruits « Pommes de l’Estre » (fenêtre en patois limousin), en hommage aux mots du paysan adressés à sa femme pour qu’elle apporte les pommes : “» Porte au monsieur des pommes de l’Estre (de las poumas de l’estro). Cette anecdote, transmise par Joseph Brunet, sénateur de la Corrèze de 1876 à 1885, est à l’origine de la renommée de la pomme Sainte-Germaine, symbole de ce terroir. On la trouve pour la première fois couchée par écrit dans des revues spécialisées en 1907.

Bien que les premiers récits ne localisent pas cette histoire plus précisément qu’à Saint Germain les vergnes, la tradition locale veut que l’histoire ait eu lieu au relais de la poste à cheval de Laborde ce qui est assez plausible puisque ce relais se situait très exactement à mi chemin de Brive et de Tulle. Aujourd’hui le relais de Laborde a été entièrement rénové et propose plusieurs chambres d’hôte.

La révolte de l’étang de Lachamp : le jour où les Germinois se sont levés

Si aujourd’hui l’étang de Lachamp, a cheval sur les communes de Saint Germain les Vergnes, Favars et Saint Mexant est la propriété de la commune de Saint Germain, à l’époque cela n’avait guerre d’importance puisque ces 3 villages et quelques autres faisaient partis de la seigneurie de Favars avec a sa tête le baron et la baronne de Saint Hilaire.

Ces deux la menaient la vie dure à leurs gens, ajoutant taxes sur taxes et rendant une justice plutôt douteuse depuis des années. Mais des informations partielles et probablement déformées de la révolution en cours à Paris commençaient à rependre un parfum de révolte dans les campagnes.

Nous voila donc le 24 janvier 1790 à l’étang de Lachamp. Le peuple avait faim, le poison dans l’étang de Lachamp était propriété du baron alors l’étang était une cible à la fois symbolique et pratique. Quelques paysans rebelles s’étaient donné rendez-vous à l’étang. L’idée était de rompre la digue et de pécher le poison pour s’en nourrir tout en dénonçant un des nombreux privilèges de la noblesse.

Comme l’évènement avait lieu à l’heure de la messe à Saint Germain et à Favars, plusieurs badauds endimanchés s’étaient arrêtés pour assister au spectacle et la foule commençait à être nombreuse. Ayant vend de cet attroupement inquiétant la baronne avait mandaté en urgence la maréchaussée de Tulle pour mettre fin à la fronde. La foule fut dispersée au prix de deux morts chez les frondeurs, plusieurs blessés des deux cotés et une dizaine d’arrestations. Le lendemain une foule décida de se réunir au château de Favars pour demander la libération des prisonniers. Il y eu à nouveau 4 nouveaux mort du coté des révoltés et quelques nouvelles arrestations. Parmi eux deux fuir condamnés à la pendaison… pour avoir tenté, sans y parvenir, de voler du poisson…

Bien sur aujourd’hui l’étang de Lachamps a retrouvé son calme depuis longtemps. C’est un lieu de balade dominicale très apprécié des locaux ainsi qu’un lieu de pêche aménagé pour les amateurs. N’hésitez pas à en faire le tour… vous y croiserait peut-être l’esprit d’un révolutionnaire !

Trois châteaux pour un village

Avant d’aller plus loin et pour ne décevoir personne il est important de préciser que les 3 châteaux de Saint Germain les Vergnes sont privés et habités et donc inaccessibles au public hormis très exceptionnellement aux journées du patrimoine.

Toutefois un chemin de randonné vous permet de sillonner la commune d’un château à l’autre

Le château de la Jugie

Ancien siège de la co-seigneurie de Saint-Germain-les-Vergnes, le château de la Jugie remonterait aux Chevaliers des croisades de la famille Roffignac également seigneurs de Saint Germain les Vergnes depuis le XIeme siècle et qui avaient droit de justice (origine probable du nom du lieu). Cette maison forte, flanquée de tours et entourée de douves, alimentait un étang aujourd’hui disparu, et son moulin, modeste avec une seule meule, a également disparu au XXᵉ siècle.

Au XVIIᵉ siècle, les Roffignac abandonnent la Jugie pour se recentrer sur Allassac. Le château tombe en ruine, ses pierres servant de carrière pour le bourg. En 1810, Jean-Baptiste Chadebech de la Valade, prêtre de la paroisse qui avait hérité du château, le reconstruit et aménage un parc avec rivière artificielle, tandis que pierres restantes servent à bâtir le presbytère, aujourd’hui mairie du village.

Madame Juyé de la Besse, propriétaire suivante, lègue le domaine à la famille Filliol, descendants des Chadebech de la Valade, qui en sont toujours propriétaires.

Le château est privé et ne se visite pas.

Le château de Chadebech

Le fief de Chadebech, modeste au Moyen Âge, est au cœur d’alliances et de rivalités. En 1483, Catherine de Favars épouse Guillaume III de Saint-Exupéry-Miremont, et leur lignée se partage le domaine avec les Roffignac. Les guerres de Religion sèment la discorde : les Miremont deviennent des protestants engagés, tandis que les Roffignac restent catholiques.

En 1611, Jean, fils illégitime mais ambitieux, hérite de Chadebech. Avec les rentes de ses terres, il érige une maison forte, future origine du château. Sa mort en 1630 alimente les légendes : enterré avec une épée et des éperons d’or, ces derniers auraient été revendus des siècles plus tard à un bijoutier de Tulle !

Le domaine s’agrandit, mais les dettes forcent la vente en 1814. M. Armand, qui a fait fortune aux Antilles, modernise le château et le village. À la fin du XIXᵉ siècle, l’ingénieur M. Marsillon transforme Chadebech avec un parc à l’anglaise et des travaux d’envergure mobilisant tout le canton.

Depuis 1990, le château, restauré par M. Philippe Planchot, est inscrit à l’inventaire des monuments historiques.

Le château est privé et ne se visite pas.

Le château de Chauvel

Sur la route qui arrive de Donzenac, avant d’aborder le village de Saint-Germain-les-Vergnes, on aperçoit l’ancien château, haut bâti, sur un massif de granite dont la position stratégique servait aux vicomtes de Comborn comme lieu de surveillance au carrefour des routes de Tulle et de Brive.

Sur une terrasse bordée par les anciennes murailles fortifiées s’élève une grosse tour datant du XIIIe siècle. Le château possédait une seconde tour aujourd’hui disparue. De grosses rénovations ont été faites au 19ème siècle avec le percement de la tour et l’ajout de bâtiments plus récents. .

Il dut y avoir des souterrains reliant le château haut et le château bas.

Après les Comborn, on trouve les Roffignac déjà implantés sur la commune. Par des jeux d’alliance le château passe ensuite à la famille de La Rochepot. Suivant les époques et l’humeur de son propriétaire le nom de famille s’écrira alternativement de La Rochepot, de la Rochepot de Chouvel, de la Roche Chouvel, de la Roche Chauvel, de la Rochechauvel… et le château prendra définitivement le nom de château de Chauvel probablement au court du XVIIème siècle. Il est ensuite vendu aux La Fagerdie, famille de notables de Tulle vers le milieu du XVIIIème siècle. Depuis le milieu du XIXe siècle, la propriété appartient à la famille Juillet de Saint-Lager qui y habite toujours.

Le château est privé pas mais il a été exceptionnellement ouvert à la visite lors de journées du patrimoine en 2024.

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